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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 08:06

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Le totem du loup

 Jiang Rong  

Roman (broché). Paru en 01/2008    

4ème de couverture

«C'était la première fois que Chen Zhen traversait la steppe en cavalier solitaire : il ne s'était pas rendu compte du danger qui l'attendait. Mais il était déjà trop tard pour rebrousser chemin. Soudain, le jeune homme faillit tomber de sa monture en voyant, à quarante mètres devant lui, une horde de loups dont le pelage étincelait sous la dernière lueur du soleil. Plus de trente bêtes se tenaient là dont certaines avaient la taille d'un léopard. Au milieu trônait le roi des loups, reconnaissable à la fourrure blanchâtre qui, sur sa poitrine et son ventre, brillait d'un éclat de platine. Tout en lui respirait la puissance de son rang. À un signal connu d'elle seule, la meute s'était levée d'un bond. La queue raidie à l'horizontale, les loups s'apprêtaient à s'élancer et à s'abattre sur leur proie comme autant de flèches projetées d'un arc bandé.»
Vendu en Chine à plus de vingt millions d'exemplaires, Le Totem du Loup est un fascinant roman d'aventures. Mais c'est aussi le récit d'une initiation, celle de Chen Zhen, jeune étudiant chinois qui doit apprendre, au contact des tribus mongoles, comment survivre... Les hordes de loups règnent encore sur la steppe. Les cavaliers nomades, héritiers de Gengis Khan, craignent et vénèrent cet animal qu'ils ont choisi pour emblème. La rencontre avec cette culture va bouleverser le jeune Chinois. Il sera d'autant plus ébranlé que cet univers qui le séduit tant est sur le point de disparaître...

Jiang Rong (pseudonyme) est né en 1946 dans une famille de militaires. En 1967, il est volontaire pour aller vivre en Mongolie intérieure. En 1978, il retourne à Pékin pour achever ses études et enseigne aujourd'hui les sciences politiques et sociales. Comme son héros Chen Zhen, Jiang Rong a passé onze ans sur la steppe pendant la Révolution culturelle en compagnie des Mongols et des loups. La découverte de cette nature sauvage, du mode de vie des Mongols et de leur histoire n'a cessé de le hanter.

Roman traduit du chinois par Yan Hansheng et Lisa Carducci Édition française établie par Boris Martin

 

 

Passage choisi

Chen Zhen découvrit soudain à l'extrémité de sa longue-vue un énorme loup dont les yeux semblaient le transpercer. Immédiatement, il eut la sensation qu'on lui lacérait sa chemise, et un long frisson secoua tout son corps. Il perçut la sueur exsudée par chacun de ses pores et sentit ses poils se dresser, raides, comme les piquants d'un porc-épic.
Malgré les deux années passées dans la steppe mongole et la présence du vieux Bilig à ses côtés, sa peur des loups ne l'avait pas quitté. Loin de leur camp, isolés en pleine montagne dans cette cachette enfouie sous la neige, les deux hommes se trouvaient face à une meute. Bilig et lui n'avaient pour se défendre que deux bâtons : pas un fusil, ni un sabre, ni une perche à lasso, pas même une paire d'étriers, pas le moindre objet en fer pour répondre à un éventuel assaut. Si par malheur la meute flairait l'odeur de l'homme, ils deviendraient la proie de l'«inhumation céleste». Irrévocablement, et avant terme.
Chen respirait à peine, tant il tremblait. Il voyait presque frissonner son haleine avant qu'elle ne se transforme en givre. Il se tourna vers Bilig qui, de sa longue-vue, scrutait les loups tapis en cercle.
- Non, ne tremble pas ! Es-tu aussi faible qu'un mouton ? Vous, les Han, vous avez la peur du loup dans la moelle. C'est pourquoi dans la steppe vous êtes toujours battus, murmura le vieux chasseur.
Comme Chen Zhen ne disait rien, il ajouta rudement :
- Ne t'affole pas ! Au moindre bruit, ce serait la catastrophe.
Chen Zhen acquiesça d'un hochement de tête. Il prit une poignée de neige, la serra si fort entre ses doigts qu'elle devint une boule de glace.
Devant eux, sur la pente, un attroupement de près d'un millier de gazelles broutait. Elles fouillaient de leurs pattes antérieures la couche de neige afin d'exhumer les herbes ensevelies. Quelques mâles, tout en mâchant, observaient les alentours, tête relevée, humant longuement l'air, le flair aiguisé. Mais ils n'avaient toujours pas vu les loups qui s'apprêtaient à les prendre en tenailles. Chen Zhen se figea, comme si la boule compacte qu'il serrait avait transmis à son corps tout entier sa froideur, le transformant en statue de glace. C'était la deuxième fois qu'il rencontrait une meute de loups aussi importante dans la steppe.

 

Revue de presse

- Paris-Match du 27 mars 2008
Son roman est d'abord un hymne écologique plein de paysages grandioses et enneigés où les nomades mongols élèvent moutons et chevaux. Chen Zhen, son héros, est un étudiant venu de la ville qui se passionne pour la relation ancestrale de l'homme et du loup. Des amis mongols lui font découvrir l'extrême intelligence de ces prédateurs, dont l'habilité à la chasse aurait inspiré Gengis Khan ! Mais, en quelques années, la planification imposée par Pékin élimine les loups et amène les éleveurs mongols à se sédentariser en devenant agriculteurs. Ils perdent dès lors l'esprit du loup, à savoir un mode de vie libre. Dans la Chine d'aujourd'hui, les réactions au livre de Jiang Rong n'ont pas manqué. Aux yeux des communistes conservateurs, s'inspirer de cet animal sauvage mène tout droit au fascisme. A l'inverse, des grands patrons d'entreprise ont distribué le livre à leurs employés pour développer leur esprit d'initiative. L'auteur observe tout cela en feignant le détachement, mais il se verrait bien dans la position de ces écrivains français des Lumières dont les écrits ont préparé la Révolution de 1789.

Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 13 mars 2008
...le livre puise sa force dans le fait que c'est aussi une superbe fable sur la liberté. Car, à travers cette histoire de loups menacés et le récit de la vie des nomades mongols, c'est surtout le régime chinois et sa philosophie qui sont visés par cette métaphore. Enfin, et cela a l'air d'avoir beaucoup plu aux lecteurs, le roman peut s'apprécier comme un guide stratégique, une sorte d' Art de la guerre emprunté au système de survie des loups. Le livre est ­traduit du chinois par Yan Hansheng et Lisa Carducci. François Bourin a été le premier à le publier hors de Chine.

François Busnel - L'Express du 21 février 2008
Enorme best-seller en Chine, Le Totem du loup débarque en France...
Le Totem du loup est un véritable brûlot. Il suffit de laisser de côté l'intrigue, basique, pour se concentrer sur les quelques phrases qui dérangent et comprendre aussitôt que cette histoire de loups et de moutons remet en question les fondements mêmes du régime chinois : le confucianisme, l'esprit stratégique de Sun Zi, le communisme pur et dur... bref, tout ce qui fait le socle de la Chine contemporaine est purement et simplement récusé avec un talent fou et une incroyable force de persuasion...
Pourquoi tant d'enthousiasme ? C'est que Jiang Rong est le La Fontaine chinois...
Au prestigieux poète français, dont il a lu les oeuvres lorsqu'il était étudiant, alors qu'il se plongeait avec délectation dans des livres interdits («J'ai dévoré Le Rouge et le Noir, le Contrat social et Jean-Christophe : ce fut mon éveil politique et sensuel», raconte-t-il aujourd'hui), Jiang Rong emprunte la méthode : ne jamais attaquer le pouvoir politique de front, mais le ridiculiser par une fable dont les animaux sont les héros...
Les Chinois, dit-il en substance dans son roman, ne sont que des moutons. S'ils veulent se libérer du joug qui les oppresse, ils doivent apprendre à se comporter comme des loups.

Pascale Nivelle - Libération du 7 février 2008
Le livre ne passe pas inaperçu. Pavé de plus de 400 pages à la couverture percée de deux yeux phosphorescents, il s'est déjà vendu à 2,6 millions d'exemplaires en Chine, auxquels s'ajoutent 15 millions de copies pirates parfaites. En tête des ventes pendant plus de deux ans, rivalisant avec Harry Potter, il a obtenu en novembre le premier prix Man de littérature asiatique, financé par le groupe britannique déjà sponsor du célèbre Booker Prize...
Le Totem a aussi mis en rage l'aile encore bien vivace des caciques du Parti, qui a tenté de s'opposer à la publication. Qualifié de fasciste par des sinologues patentés, d'antipatriote par les conservateurs furieux d'être traités de moutons, il a cependant passé la censure. Depuis quatre ans, malgré les prix littéraires et la reconnaissance internationale, il continue de nourrir des thèses universitaires et une controverse sans fin sur Internet. Un débat à l'image de la Chine actuelle...
Le Totem du loup sera sa contribution à la «politique de réforme et d'ouverture» lancée par Deng Xiaoping, à laquelle il croit dur comme fer malgré les brimades qu'il continue de subir. «Pas un moment je n'ai pensé me réfugier en Occident», dit-il, soudain très animé. «J'ai voulu continuer à me battre pour faire évoluer le régime.» Au fond de lui-même, l'ancien garde rouge est resté communiste. Comme les grands patrons d'entreprise qui dirigent la Chine d'aujourd'hui. Le Totem du loup est leur épopée, autant que celle des nomades mongols engloutis.

 

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commentaires

marc gilles 27/08/2011 11:40


J'ai lu ce livre.
Quelle histoire passionnante. Bien écrit, et qui nous apporte beaucoup d'explication sur les résultats de l'intervention de l'homme dans le processus de modification de la nature. L'homme est son
propre ennemis !


acfm-mongolie 27/08/2011 11:45



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